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La revue fondamentale du Trading Book

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Une adaptation nécessaire des dispositifs de surveillance de risque et de ses infrastructures

La crise de 2008 a mis en exergue certaines lacunes dans les dispositifs de surveillance des risques de marché, notamment au sein des portefeuilles de négociation des établissements. Le comité de Bâle en a profité pour renforcer ses exigences de contrôle, fondées jusque-là sur la «Value at Risk – VaR » et les stress tests.

La mise en place des accords de Bâle 2.5 et 3 a permis de prendre en compte de manière plus rigoureuse certains risques qui n’étaient pas suffisamment captés par la VaR, et surtout de mieux appréhender l’ensemble des risques associés au portefeuille de négociation, comme le risque de contrepartie.

Les efforts du comité se sont traduits par l’instauration de mesures dont les principaux ajouts ont été :

  • Une exigence en fonds propres au titre du risque spécifique de taux (via l’Incremental Risk Charge – IRC),
  • La mesure de la VaR stressée,
  • Une charge au titre de la variation de la Credit Value Adjustment – CVA – coût en risque de contrepartie des produits dérivés.

Cependant, si ces mesures ont été prises afin de répondre à certains manquements, elles ont rendu le paysage réglementaire très fragmenté et la mesure globale des risques de marché souvent illisible.

Une révision approfondie du traitement réglementaire du portefeuille de négociation par le Comité de Bâle est actuellement en cours, avec la publication de deux documents consultatifs et la mise en place d’une étude d’impacts visant des modifications substantielles de la méthodologie et des systèmes de calcul du capital réglementaire des banques. Le texte définitif est attendu pour le 4ème trimestre 2015.

Cette réforme des régulateurs, « Revue fondamentale du trading book », vise à dresser un cadre global cohérent des risques de marché et à légiférer sur le cœur des systèmes de mesure (approche standard et modèle interne).

Trois grands sujets sont au cœur de cette réforme :

1. La revue des règles de classification des instruments entre les portefeuilles de négociation et bancaire, qui devront être plus objectives et réduire les incitations à l’arbitrage réglementaire.

Le rééquilibrage « Trading Book » / « Banking Book » en matière de consommation de fonds propres figure parmi les sujets de préoccupation du Comité de Bâle. Ce dernier a d’ailleurs lancé, en parallèle de la revue fondamentale du trading book, une consultation (début juin 2015) sur le risque de taux dans le portefeuille bancaire. Un des objectifs annoncés de cette nouvelle consultation, est de limiter les risques d’arbitrage entre les deux portefeuilles.

2. La révision des mesures de risque utilisées dans l’approche de modèles internes et dans l’approche standardisée afin de couvrir les limites de la VaR à 10 jours (notamment l’incapacité à capturer une partie du risque de crédit, les risques de marché liés à la liquidité…). Cette révision se traduit, par exemple, par le remplacement de la VaR et de la VaR stressée par l’Expected ShortFall calculée sur une période stressée (plus robuste et qui capture mieux les événements rares) et de l’IRC par l’Incremental Default Risk -IDR- avec la prise en compte d’horizons de liquidité différenciés ainsi que la limitation des bénéfices de diversification et de couverture.

3. Le renforcement des règles de validation des modèles internes et l’introduction de la comparaison systématique de ceux-ci avec les calculs par la méthode standardisée, afin d’assurer une meilleure sensibilité aux risques.
(Source : ACPR)

Les banques disposent de deux alternatives pour le classement de leurs actifs, avec des règles prudentielles différentes en fonction :

  • Du portefeuille bancaire (« Banking Book »), dans lequel sont enregistrées la plupart des transactions détenues à moyen et long termes et dont l’intention de gestion à l’origine est de les conserver jusqu’à leur maturité.
  • Du portefeuille de négociation (« Trading Book »), dans lequel est enregistré l’ensemble des actifs stockés à des fins de négociation à court terme, ou dans le but de couvrir d’autres éléments de ce même portefeuille de négociation. Pour classer ces actifs dans le portefeuille de négociation, la banque doit justifier d’une gestion active des positions sur ces actifs, en matière de stratégie de gestion, de suivi, de valorisation.

D’un point de vue réglementaire, le portefeuille bancaire donne lieu à une exigence de fonds propres au titre du risque de crédit et le portefeuille de négociation à une exigence de fonds propres au titre des risques de marché. Pendant la crise, certaines banques, pour faire face à l’effondrement de la liquidité, ont fait basculer des positions devenues moins liquides du Trading au Banking Book.

Cette réforme a été accueillie assez favorablement par l’industrie financière qui participe activement et de façon régulière au dialogue avec le régulateur pour permettre une mise en application la plus opérationnelle et pragmatique possible.

En outre, il s’agit d’un véritable défi pour les établissements qui vont devoir transformer leurs dispositifs, organisation et gouvernance de surveillance des risques ainsi que leurs infrastructures afin d’être en capacité d’absorber cette nouvelle évolution réglementaire.

Des révisions seront donc à prévoir dans les processus de production et de validation des indicateurs de risque de marché afin d’appréhender les nouvelles contraintes comme :

  • Le nombre très élevé de calculs à effectuer pour l’International Monetary Market- IMM
  • Une plus grande fiabilisation attendue des résultats à un niveau plus granulaire.
  • Une importance accrue du backtesting du P&L attribution dans l’approbation du modèle interne. La calibration de l’expected shortfall implique la manipulation de milliards de lignes de P&L.
  • L’intégration des transactions internes dans les calculs au niveau des desks.

Ces évolutions impliquent donc un accroissement significatif du volume des données avec une qualité et une fréquence renforcées. Elles signifient aussi des données complémentaires à collecter et à traiter, avec des historiques plus longs à créer et à gérer (exemple : constitution d’historique de facteurs de risques depuis 2005 pour le calcul de l’Expected Shortfall), ainsi qu’un volume croissant de traitements à exécuter (obligation de calcul en approche standard en parallèle de l’approche modèle interne).

L’effet de la « Revue fondamentale du Trading Book », ne se limite donc pas au seul ajustement de la mesure des risques de marché mais va nécessiter une réflexion et des travaux importants sur le renforcement du dispositif de gestion et de gouvernance de la donnée (DQM), sur sa mise en qualité (stock et flux) et sur la capacité de l’infrastructure technique à absorber les besoins des métiers, en maintenant un niveau de performance du système d’information suffisant.

Auteur : David Zouari – Manager Senior


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