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Le compte à rebours enclenché pour le retour de la croissance en Europe

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« Certains problèmes à moyen terme datant d’avant la crise, tels que l’impact du vieillissement de la population sur la main d’œuvre et la faible croissance de la productivité totale des facteurs, reviennent à l’avant-plan et doivent être résolus. Ils apparaissent dans la faible croissance potentielle des pays avancés, qui ralentit peut-être le rythme de la reprise aujourd’hui, et une baisse de la croissance potentielle dans les pays émergents », indique le FMI [1] dans un rapport sur les perspectives de l’économie mondiale. Selon le FMI, les économies avancées vont parvenir à seulement 1,6% de croissance annuelle entre 2015 et 2020 alors qu’elles enregistraient des taux autour de 2,5% entre 2001 et 2007. La récession qui s’en est suivie, a plafonné la croissance des pays riches à 1,3%.

La BCE à la rescousse de la croissance en zone euro

La reprise reste fragile au regard de la difficulté pour les pays avancés à surmonter les effets de la crise de 2008 ainsi qu’au regard des perspectives moins optimistes pour les pays émergents. Si les Etats-Unis ont renoué avec la croissance comme en témoignent les décisions de la FED [2] concernant la réduction de son soutien à l’économie américaine, la zone euro connait une croissance lente et le spectre de la déflation pèse toujours. L’évolution de l’investissement sera cruciale pour marquer une réelle sortie de crise et les marchés attendent des actions fortes de la BCE pour renouer avec une croissance durable.

Dans un contexte de croissance ralentie et de pressions réglementaire et fiscale accrues, la BCE tire ses dernières cartes pour contrer le spectre de la déflation avec son programme de quantitative easing. Après une politique monétaire très accommodante, des injections massives de liquidité, une baisse des taux historique avec des taux directeurs à 0 % (taux principal de refinancement à 0,05 % et taux sur les facilités permanentes de dépôt jour le jour à – 0,2 %), la BCE a enclenché un programme colossal de rachat d’actifs  pour relancer la croissance en Europe.

Evolution des taux directeurs de la BCE depuis 2008 : une baisse historique 

Source : Site Banque de France – Taux directeurs de la Banque Centrale Européenne

Alors que les maturités courtes sur les taux d’intérêt entrent en territoire négatif, les taux longs continuent leur baisse vertigineuse avec un taux à 20 ans sous les 2%.

Le compte à rebours est  lancé. Etats, entreprises et même ménages se financent dorénavant pour rien. Malgré les 60 milliards d’euros par mois injectés par la BCE, les entreprises et les ménages restent frileux et les banquiers prudents pour octroyer les demandes de crédit au regard des incertitudes encore à venir concernant l’impact de ces mesures dans l’économie réelle.

La prise de risque est forte, comme en témoigne les dires des experts économistes : « Si ce stimulus de demande ne parvient pas à faire repartir l’investissement des entreprises et à augmenter la croissance potentielle de la zone euro, soit parce que les entreprises jugent ce stimulus transitoire, soit parce que les réformes structurelles nécessaires n’ont pas été mises en place, la situation de la zone euro dans quelques années sera critique. », analyse Patrick ARTUS (extrait du flash économie recherche économique n°244 du 18/03/2015 de Natixis).

Les mesures prises jusqu’ici pour sécuriser et renforcer le système sont nombreuses, la démarche menée s’apparente à l’apport chaque jour d’une nouvelle pierre à l’édifice pour convaincre que les banques sont devenues raisonnables, qu’elles sont plus sûres et que l’on peut compter sur elles pour financer l’économie.

Au-delà des simulations des répercussions de différents scénarios de turbulences des marchés sur les bilans bancaires, la BCE a passé au crible les portefeuilles des banques sur la qualité des actifs à travers le processus d’AQR (Asset Quality Review). Les exercices de simulation destinés à éprouver leur solidité en cas de récession et de crise financière doublée d’une chute des prix de l’immobilier ont concerné 130 établissements, les 25 ayant échoué à ces tests devront corriger leur besoin en capital.

Protéger davantage les dépôts, mettre en place un nouveau système d’évaluation des prêts non performants, valider les règles et les modèles des banques pour présenter leurs résultats, les mesures n’en finissent pas pour s’assurer de la solidité du système et de sa capacité à relancer la croissance.

C’est dans ce contexte que la BCE a lancé son programme colossal de rachats d’actifs. On pourrait penser que la boucle est bouclée mais il reste à convaincre et à faciliter le retour des investissements dans l’économie réelle pour garantir la croissance, les emplois et le retour à la rentabilité.

Relancer l’activité dans la zone euro : une volonté affichée de la BCE

Source : GROUPE ONEPOINT

Tous les indicateurs sont au vert pour le retour de la confiance :

  • taux historiquement bas,
  • liquidités abondantes,
  • euro faible,
  • pétrole bon marché,
  • lancement du plan Juncker (1 300 milliards d’euros pour financer les investissements).

Cependant, le discours reste volontairement prudent face à des perspectives de croissance bien en dessous des niveaux d’avant crise. Le chemin est encore long et les établissements bancaires, en première ligne de ce remaniement, continuent de s’adapter et d’évoluer pour accompagner cette dynamique.

La rentabilité des banques françaises s’améliore comme en témoigne les mouvements de hausse des bancaires sur les marchés actions ces derniers mois. Les niveaux atteints sur le CAC 40 à 5200 (contre 2500 en 2008) laissent à penser qu’une embellie est à venir mais seuls les indicateurs économiques confirmeront cette reprise.

Embellie sur les marchés actions, le CAC 40 à l’assaut des  6 000 ? 

Sources : Graphique Boursorama et informations marchés GROUPE ONEPOINT

Pour se faire, les banques ont changé de business model pour réduire les coûts de structure de façon pérenne et renouer avec la croissance. Elles opèrent actuellement sur l’exécution de la transformation (architectures business et technique) pour rétablir les marges et gagner en rentabilité.

Les banques prennent le virage du digital (applications mobiles bancaires) pour fidéliser et regagner la confiance de leurs clients et satisfaire les demandes des consommateurs de plus en plus autonomes.

Si la réglementation a généré plus de besoins en capital et en liquidité et remis en question le modèle bancaire, les efforts pour répondre aux attentes des régulateurs et aux stress tests ont amené les BFI à s’adapter à ce nouvel environnement. La réorganisation de leurs activités et le regroupement de certains pôles les incitent à une plus forte industrialisation et externalisation des plateformes de gestion dans le cadre d’une stratégie plus transversale pour identifier les manquements et capitaliser sur les best practices. Les méthodes évoluent pour s’adapter à un nouvel environnement et l’on constate un changement de culture au sein de la DSI à travers un rapprochement avec les métiers facilité par la méthode Agile.

La sortie de crise risque d’être encore longue et difficile, si les indicateurs économiques avancés ont cessé de s’aggraver, la dynamique qui s’est mise en place et qui continue à opérer doit s’inscrire dans la durée car le coup de pouce donné par la BCE est dangereux à moyen terme. La courbe des taux en territoire négatif traduit une économie fragilisée et de ce fait, les investisseurs s’orientent autant que possible vers des actifs moins liquides avec une notation de moins bonne qualité pour pouvoir tenir leurs engagements, mais pour combien de temps encore ? Des taux de rendement très bas dans la durée s’avèreraient dangereux pour certains pans de l’économie réelle.

Le désengagement à venir de la BCE sur le soutien à l’économie sera complexe à piloter et la hausse des taux ne pourra être réalisée que si les indicateurs économiques sont satisfaisants au risque de créer des turbulences sur les marchés. La politique monétaire rendue moins accommodante entrainera une diminution du cash disponible sur les marchés et de ce fait un renchérissement du coût de la liquidité.

La confiance dans la reprise économique reste néanmoins fragile comme en témoigne les déclarations de la Fed depuis plusieurs mois pour rassurer les marchés sur les motivations qui la pousseraient à remonter ses taux directeurs. Historiquement, les décisions monétaires de la Fed ont toujours eu un impact sur les taux européens qui de facto anticipent à leur tour le retour à la croissance malgré des situations économiques en décalage. Lorsque la Fed normalise son soutien à l’économie, la BCE renforce son soutien à travers le quantitative easing. On peut alors espérer que la future remontée des taux américains en 2015 annoncée par Janet Yellen (présidente de la Fed) sera amortie par le programme de rachat d’actifs en cours de la BCE ainsi que par des perspectives économiques en nette amélioration dans la zone euro alors que le risque de défaut de la Grèce pourrait peser sur la confiance et la croissance.

Si les indicateurs économiques outre atlantique sont encourageants et laissent entrevoir un risque de surchauffe, les indicateurs économiques de la zone euro en amélioration doivent néanmoins confirmer le retour à une croissance durable.

[1] FMI : Fonds Monétaire International

[2] FED : Réserve Fédérale des Etats-Unis

Auteur : Christine Brocard – Manager Senior


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