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Les enjeux du crowdfunding pour le monde bancaire

Crowdfunding

Le 1er octobre 2015 marquait le premier anniversaire des statuts CIP (Conseillers en Investissement Participatif) et IFP (Intermédiaire en Financement Participatif). En février 2016, le baromètre annuel a été publié et deux chiffres importants sont à retenir : la collecte de fonds a doublé par rapport à 2014 et près de 2 millions de français ont participé à une campagne de financement participatif. Ainsi, le crowdfunding[1] ou financement participatif, encore balbutiant en France mais important en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, commence à prendre son essor à la suite de ces changements législatifs français. Face au crowdfunding, les banques réagissent en s’associant de plus en plus avec les acteurs de la Fintech française. La question se pose alors de savoir si ces nouveaux entrants sont un risque ou une opportunité pour le secteur bancaire.

Les formes de financements participatifs

Il existe trois  formes principales de crowdfunding :

  1. Le crowdfunding par don, avec ou sans contrepartie non financière (ce qui peut correspondre à une avance de trésorerie
  2. Le crowdlending, ou financement participatif par prêts
  3. Le crowdequity, ou financement par investissement en capital

Une croissance exponentielle qui attire les investisseurs

Dans l’ensemble, la tendance se développe rapidement, portée par les avantages de ce mode d’investissement en termes de transparence et de proximité. En 2013, la collecte pesait plus de 5 milliards de dollars dans le monde, et pourrait représenter 1000 milliards en 2020.

L’association Financement Participatif France publie semestriellement le baromètre du crowdfunding qui permet de visualiser les montants financés et les tendances. Ce dernier a été publié le 14 février 2015 :
Le crowdfunding sous forme de dons a permis de financer pour un montant de 50,2 M€ en 2015, en croissance de 31,4% par rapport à 2014. La part du crowdlending est la plus importante pour un montant de 196,3 M€ et un marché en croissance de 122,1%. Les financements participatifs en actions (Start-up ou immobilier) ont atteint un montant de 50,3 M€ et un taux de croissance de 98%.

Baromètre Crowdfunding_2
(Source : financeparticipative.org)

Ainsi, la taille globale du marché a une nouvelle fois doublé en 2015 pour atteindre 296,8 M€ et le nombre de financeurs a cru de 130%, passant de 1 million à 2,3 millions.

Les acteurs et les clients sont très différents en fonction de la forme du crowdfunding.

Les dons sans contrepartie répondent de préférence à la demande du milieu associatif et humanitaire, alors que les dons avec contrepartie sont assimilables à une avance de trésorerie permettant aux entrepreneurs de se lancer et de tester leur marché : ils peuvent ainsi mesurer l’impact et la maturité de leurs produits.

Le crowdlending cible surtout les prêts entre particuliers, et le financement de PME et de start-up ayant déjà démarré leur activité et prouvé leur viabilité à moyen terme. En effet, ces entreprises qui présentent leurs projets sur les plateformes qui disposent du statut d’IFP ont l’obligation légale de fournir les bilans de trois années d’activité.

Enfin, le financement en capital se décompose en deux grands types de projets :

  • les projets immobiliers,
  • les start-up.

Dans ce dernier cas, le crowdfunding intervient en amont des fonds de private equity et en parallèle de la love money et des business angels. Dans ce contexte, dans la plupart des cas, le crowdequity est aujourd’hui la seule possibilité pour les start-up de se financer en fonds propres.

Une opportunité pour le secteur bancaire ?

Pour les banques, le développement du crowdfunding répond aux attentes des clients d’avoir des modes de financement ou de placement plus simples, plus transparents et plus traçables, tenant compte de l’impact du web 2.0 et des réseaux sociaux. En s’alliant à ces plateformes, les banques cherchent ainsi à répondre à ces besoins.

Les banques n’ont pas peur de l’économie collaborative. Au contraire, elles nouent des partenariats avec les acteurs du crowdfunding. D’autres vont monter leur propre plateforme de financements participatifs. Enfin certaines ont commencé à s’associer à des plateformes pour plusieurs raisons :

  1. Pénétrer un secteur à fort potentiel,
  2. Financer des start-up en phase d’amorçage, ce qui n’est pas leur rôle traditionnel, pour pouvoir capter leurs besoins en financement dans les phases de maturité (via le crowdequity),
  3. Se diversifier vers le financement de clients PME (via des accords avec des plateformes de crowdlending),
  4. Permettre à leur clientèle, en particulier les banques privées et banques en ligne, de rester à l’affut de l’investissement offrant de meilleurs rendements via des sociétés de capital-risque.

Dans  le contexte actuel de transformation digitale et de montée en puissance des Fintechs, les banques vont investir et les cabinets de conseil vont accompagner ces mutations. En effet, les plateformes de crowdfunding permettent de créer un lien de confiance avec les clients qui sont plus libres dans leurs choix. Vu leur taille, les plateformes disposent d’une agilité et d’une capacité d’innovation importantes pour chercher les meilleurs dossiers, à l’instar du concours Fundtruck[2] qui s’est déroulé en fin d’année 2015 pour multiplier les liens avec le public.

Finalement, dans un monde où les stratégies financières des entrepreneurs sont multiples (prêts bancaires, Business Angels, fonds d’investissements, subventions, crowdfunding…), les deux activités (banque & financement participatif) sont complémentaires et de nombreux partenariats se mettent en place : BNPP et Ulule, Société Générale et SPEAR, la Banque Postale avec KissKissBankBank, ou encore la participation du Crédit Mutuel Arkéa dans Prêt d’Union.

Au niveau des plateformes de financement en capital, les partenariats se font majoritairement avec les investisseurs en capital tels que les réseaux de Business Angels ou les fonds de capital-risque, à l’instar de Sowefund qui propose des co-investissements avec des réseaux de Business Angels. Cependant, les liens avec les banques ne sont pas exclus et des partenariats avec les banques en ligne apparaissent depuis début 2016.

Toutes ces plateformes récentes ont besoin de visibilité auprès de la clientèle des banques, encore très attachée au conseil traditionnel dispensé par le réseau des conseillers bancaires. Sur une perspective long terme, les banques, elles aussi, ont besoin du crowdfunding. Cette évolution de l’écosystème du financement et de l’investissement est un bon exemple de stratégie gagnante, qui s’appuie sur une relation de dépendance mutuelle : l’avenir nous dira si ces parties prenantes y trouvent finalement leur équilibre de manière durable.

Auteur : Benoit Viglietti, Manager

Sources
Le baromètre du crowdfunding en France en 2015 (Good Morning Crowdfunding)
Pourquoi les banquiers investissent les plateformes de crowdfunding (L’Express – votre argent)
Les banques ne tremblent pas face au crowdfunding (Les Echos)
Le crowdfunding a doublé de taille en 2015 (Les Echos)
Le Fundtruck by Sowefund (Sowefund)

[1] Crowdfunding : moyen de financer des projets et des sociétés par « la foule ». Financement communautaire. Les porteurs de projet lèvent des fonds auprès des internautes ayant décidé de les financer, via des plateformes dédiées.

[2] Concours Fundtruck : premier concours pour startups et PME, sous forme de roadshow dans les rues de Paris. 20 jeunes entreprises françaises en recherche de financement vont aller à la rencontre d’investisseurs, d’entrepreneurs à succès et du grand public, à bord d’un food truck (http://fundtruck.com/)


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